Un point de départ : Ouvrir les bras… et prendre chacun le risque de dévoiler ses fragilités

Ce que partagent sans mélange chacune et chacun de ceux qui se présentent à la Maison Orléans est un sentiment d’absence. Au plus profond de leur être, cette absence se manifeste d’une pléiade de façons : mal-être, sentiment de solitude, d’incomplétude, d’inachèvement, impression de dispersement émotionnel, d’instabilité, déficit de bonheur, alors que pour d’autres il s’agit d’une tristesse envahissante, d’un désespoir exacerbé, de manque d’amour, de passer à côté de sa propre vie.

La première joie de la Maison, c’est qu’elles et ils se présentent à notre porte. Il y a là une manifestation d’espoir. Il y a une conviction, peu importe son intensité, qu’existe une réponse à cette carence intérieure de bonheur, d’équilibre, de paix. Cet espoir en un possible, pouvant être recherché et trouvé avec les autres qui ont en commun cette conviction, c’est en elle-même la spiritualité. Une foi.

Ils et elles ont souvent fait une analyse plus ou moins exhaustive des sources de bonheur qui se tarissent trop vite, des mirages que font miroiter les courants de surconsommation, de possession, d’individualisme. Ils et elles ne se retrouvent plus dans un modèle social aux fondements matérialistes. Mais ils ont la foi : foi qu’ils peuvent développer un sentiment d’appartenance, tant qu’ils ressentent authentiquement qu’ils et elles ont une place dans le quotidien de ce monde, peu importe qui ils sont, tout ce qu’ils sont.  En commun, sans exception, ils et elles sont habité-e-s par un désir de vivre pleinement en harmonie avec eux-mêmes et de s’approprier de nouveaux signifiants pour célébrer la vie dans les diverses réalités de leur situation personnelle.

Ils et elles s’émeuvent. Nous ne saurions dresser exhaustivement l’énumération des déclencheurs de cet émoi. Pour l’une il s’agira du pèlerinage d’un ami, d’un psaume entendu, d’une sourate, d’un verset, d’un dharma, d’une méditation, d’un chant choral, d’une pensée, d’un enseignement philosophique, d’un cours de yoga, d’un geste de bonté dont il et elles sont témoins sur la rue, d’une naissance, etc.

Cette émotion ressentie, qui vient alimenter la petite flamme intérieure, est une inspiration intime qu’il y a, au sentiment d’absence intérieure, un palliatif qui semble se trouver au cœur d’une spiritualité, quel que soit le nom qu’on voudrait lui faire porter.

Le Québec pluriel, dans la palette majestueuse de sa diversité, pullule d’individus qui souhaitent ouvrir leurs bras, en toute conscience que ceci comporte alors un risque : dévoiler ses fragilités à l’autre en espérant être reçu de lui, expérimentation de la confiance ultime, condition essentielle au dévoilement personnel.

C’est dans la pleine conscience de cet impératif que la Maison Orléans s’est engagé à établir une zone sécurisante, sans discrimination ni jugement, qui garantit l’ouverture de soi à l’autre, dans un milieu de confiance dont chaque membre est la-le garant-e et la-le gardien-ne.

Dans la perspective des expériences et des intuitions que suscitent la vie, depuis 20 ans à la Maison Orléans, nous poursuivons cette quête de sens humaine et spirituelle. Une quête ouverte, attentive, bienveillante et réfléchie, vécue individuellement et personnellement dans les différentes teintes, couleurs, nuances et variations, que peut devenir cette quête pour chacun des individus. Nous nous assurons ainsi de reconnaître avec respect le droit le plus strict qu’ont les personnes de vivre leur spiritualité telle qu’elle se manifeste à eux.

Avec cette intuition d’un possible intérieur, avec et au sein des autres, profondément ancrée dans le vécu des personnes, nous demeurons convaincu-e-s que nous pouvons mutuellement nous inspirer les uns les autres ; il s’agit d’un discernement communautaire où chacun et chacune s’instruit de l’autre, sans souhaiter convaincre, unissant dans la confiance ceux qui partagent leurs quêtes de sens dans leurs différences, identifiant ce qui les unit plutôt que ce qui diverge.

Dans cette confiance mutuelle, nous nous tenons loin des enseignements qui apportent des réponses clé-en-main qui se présentent sous des formules devenues lointaines et qui ne répondent plus au sens de nos vies et de l’éclairage intellectuel des individus.  Pour nous, il s’agit plutôt d’encourager et de dynamiser le souhait de prises de conscience de chacun, de soutenir les personnes qui cherchent un relèvement possible et qui espèrent l’élévation de la profondeur intime de leur vie. Les voies d’exploration et de cheminement spirituels sont propres à chacune des personnes, de toutes croyances. C’est dans cette mixité et cette diversité que nous trouvons nous-mêmes les réponses qui s’accordent à nos valeurs et notre vécu.

Ce cheminement soutenu par cet inconditionnel, en respect de chacune et chacun, permet à tous et toutes de trouver leur place autour des tables fraternelles de notre Maison, là où se partage et se célèbre le désir de vivre, ensemble, dans le partage.

Nous faisons ensemble l’apprentissage de marcher au gré de nos bonheurs et de nos difficultés personnelles, non pas à la place de l’autre, mais avec l’autre, sur le chemin de nos existences. L’accueil bienveillant, inconditionnel de l’autre fait de nos histoires individuelles un bien commun dans le cheminement de chacun. Les différences viennent enrichir notre vivre ensemble et donnent du sens à notre communauté humaine.

Que je sois croyant ou non croyant j’ai ma place.

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