La Maison Orléans a tracé sa route et défriché sa terre de façon aussi originale qu’unique.  Il est important de préciser cette expérience spirituelle qui s’est développée au cours de ces années. De suivre le fils d’Ariane créé par les liens issus des expériences, vécues les unes à la suite des autres.

Le 14 novembre 2018, les matriarches des Petites Sœurs de l’Assomption visitaient à nouveau la Maison Orléans

Nous avons suivi, pas à pas, l’intuition de notre Maison commune et de ceux qui l’ont fondée, animée, fait vivre, la menant de ces autrefois jusqu’à aujourd’hui. Où allons-nous ? Notre mission nous l’indique clairement : vers l’accueil inconditionnel de chacune et chacun. Comment cela se traduira-t-il dans notre quotidien ? Il serait présomptueux de le définir.

Chose certaine, depuis le premier souffle de notre mission partagée, nous avons la conviction que nous y sommes attendus. Nous avons aussi la conviction, née de l’espérance qui s’est mille fois donné raison, que nous pouvons nous appuyer sur cette inspiration.

Etienne Pernet à l’Enclos Rey, quartier pauvre de Nîmes. « C’est là que j’ai vu des détresses que je connaissais à peine de nom. »

Pour faciliter la réflexion le document est divisé en trois parties. La première partie souhaite retracer et affirmer notre histoire, identifier d’où l’on vient pour savoir ce que nous portons comme héritage. C’est aussi contempler cette humanité où nos racines se sont nourries pour alimenter notre discernement. Ce même discernement qui invite à entendre nos intuitions qui nous invitent à choisir la voie où les défis quotidiens semblent désormais nous appeler.

La deuxième partie, notre pensée, est placée sous la lumière bienveillante du groupe de tous les cœurs, dont chacun apporte la flamme nécessaire pour alimenter le feu.

La troisièmes partie, nos actions, vient joindre les actes à cette passion d’accueillir, de s’unir et de partager, venant refléter l’arc-en-ciel des couleurs du monde que nous habitons en cherchant des réponses aux besoin, là où nous sommes appelé-e-s, toutes et tous, à intervenir.

Au cœur de la nécessité de cette réflexion : la réalité contemporaine

Nous vivons désormais dans un monde qui refuse le partage équitable du bien commun. Nous apprenions en début d’année 2019, que 26 milliardaires se partagent 50% de toute la richesse mondiale. Les communications mondialisées et globalisées lèvent chaque jour le voile sur ces inégalités économiques et démographiques qui privent le « 99% » de la réponse nécessaire à leurs besoins. Nous nous retrouvons désormais tous enchaînés à un système dont la consommation est proposée comme unique modèle de survie et de développement, déifiant un mode de vie au prix de cohortes d’individus et de familles qui paient le prix de nos escomptes.

Les migrations d’hier, fuyant esclavage, dictatures et exactions sont aujourd’hui réfugiées climatiques, économiques ou du fanatisme religieux. Des migrations qui se font aussi le prix de nos propres désirs de consommation, d’évasion touristique et de technologie informatique. Des forêts ravagées, des cultures transformées, des cultivateurs et cultivatrices victimes de la pression des multinationales, une industrie du vêtement qui soumet à la mode un esclavage de tisserandes, nouvelles générations d’enfants du textile pour le meilleur prix que nous acceptons de payer. Des migrants qui fuient cet asservissement, marchant avec espoir vers notre terre promise, ballotés puis refoulés par des pays industrialisés qui ferment leurs frontières et s’emmurent, hostiles, derrière des murs, des lois anti migration, des seuils abaissés d’accueil de ces autres. Un individualisme, narcissique, qui entraîne la pauvreté jusqu’à ne plus la voir quand elle se retrouve dans les rues, dans la grande maison des oublié-e-s, brisé-e-s par l’isolement et la solitude.

« Vous êtes immatures ! » nous disait la jeune militante environnementale Greta Thunberg, 16 ans, s’exprimant devant les Nations Unies et au forum économique de Davos, pour qualifier l’inaction des dirigeants mondiaux devant les urgences qu’imposent l’état de nos peuples, de notre terre, de l’avenir de nos enfants.

« Un individualisme, narcissique, qui entraîne la pauvreté jusqu’à ne plus la voir quand elle se retrouve dans les rues (…)

Tout comme nos dirigeant-e-s, nous sommes appelé-e-s par la souffrance, par nos enfants, à transformer certaines perceptions et croyances, à questionner certains allant de soi. Nous prenons lentement, mais sûrement, conscience de l’évidence d’une mouvance, transformation qui en appelle à des actions immédiates et concertées. Nous ne pouvons plus nous reposer, en s’excusant, sur le désir d’agir de nos gouvernements pour le bien de l’humanité. Nous devons choisir d’abandonner les vieux systèmes gangrenés motivés par la possession, la consommation et la loi du plus fort sur le plus faible.  Nous sommes en ce monde et sur cette terre que des locataires au bail bien court, agissant comme d’immortels propriétaires.

Notre Maison est face à ces réalités et elles ne sont plus dans la cour des autres ; elles font partie de notre quotidien et sont la somme de nos choix. Nous sommes nés sur une terre fertile au quotidien choyé, et nous fermons la porte derrière nous pour ne pas laisser entrer ces gens qui se présentent aux frontières de notre bonheur, convaincus que nous sommes que le partager avec ces peuples le divisera au point de devoir nous en trouver privés. Nous refusons d’accueillir pour toutes sortes de raisons qui illustrent bien les préjugés qui se sont imprimés sur le tableau d’affichage de nos cœurs. Accepterons-nous d’entendre le cœur de l’autre.

Nous portons des valeurs qui nous viennent de ceux qui nous ont précédés. Étienne Pernet nous rappelait dans plusieurs de ses écrits que « Les discours fatiguent », alors que les gestes marquent les cœurs et sont porteurs de certitudes et d’amour. Le geste devient l’expression et le témoin de nos valeurs, de ce qui nous habite. La spiritualité de la Maison Orléans est constamment appelée à se déployer, se montrer vivante, bienveillante, à l’écoute et en adaptation aux êtres, elle a la force du roc mais n’en a pas la dureté aride, elle n’est pas figée mais s’actualise dans sa vérité au présent, elle s’ajuste et répond dans sa vigueur au questionnement qui l’interroge, à la quête de sens dans un monde qui se projette constamment vers l’avenir.

C’est là que nous nous trouvons tous réunis, cherchant des réponses, demeurant vigilants et accueillants dans l’amour, dans nos cœurs et dans notre espérance pour celles et ceux qui sont sans voix et que notre monde a tendance à laisser derrière, dans sa course effrénée de solitaires.

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